14 février 2005

Howl's Moving Castle

roman de Diana Wynne Jones ("Le château de Hurle", 1986)

Alors voila donc le roman qui a inspiré le dernier coup de maître de Miyazaki ! C'est fascinant de voir que du roman original, Miyazaki n'a gardé que les personnages principaux et la trame. Tout le reste a été modifié, que ce soit la guerre que mène Hurle (ou Hauru ou Howl) — cette guerre n'existe pas dans le roman ! — ou le rôle joué par la Sorcière du Désert, ou encore celui de l'enchanteur Suliman. Le livre m'a cependant aidé à mieux comprendre la relation qui unit Calcifer et Hurle, et qui trouve sa clef dans une des plus belles scènes du film : Hurle enfant recueillant une étoile filante mourrante et lui donnant son cœur... On retrouve aussi avec plaisir le personnage de Sophie, jeune fille têtue qui va se voir métamorphosée en vielle femme de quatre-vingt-dix ans, et qui va tomber amoureuse du terrible magicien Hurle malgré elle :-)

07 février 2005

Les carrefours du labyrinthe

essais de Cornélius Castoriadis (1978)

Cette compilation d'essais constitue le premier tome des Carrefours du labyrinthe. J'avais acheté ce bouquin il y a de nombreuses années sur les conseils d'un ami qui avait particulièrement apprécié le tome 4 ("La montée de l'insignifiance"), mais je n'avais jamais eu le courage de me jeter dedans ;-) Des trois parties qui composent cet ouvrage (Psyché, Logos et Koinônia), seule la deuxième m'a intéressé. Dans cette partie Castoriadis passe l'ensemble des sciences contemporaines de la fin des années 1970 (mathématique, physique, linguistique et biologie) à la question philosophique. Les autres parties (que j'ai à peine lues) sont consacrées à la philosophie de la psychanalyse (là je manque de bagage pour comprendre quoi que ce soit ;-) ) et à la philosophie de la technique (considérée apparemment uniquement sous l'angle marxiste). Bref ça m'a bien occupé dans le métro... mais je suis aujourd'hui toujours incapable de restituer la moindre pensée de Castoriadis !

06 février 2005

The Aviator

film de Martin Scorsese (2004)

Très intéressante reconstitution de la vie de Howard Hughes, milliardaire texan passionné d'aéronautique, de femmes et de cinéma. Mais il y a pas mal de problèmes qui m'ont empêché de vraiment rentrer dans le film, à commencer par le fait que pour moi pratiquement tous les personnages de cette époque sont des inconnus (ceci dit j'ai adoré voir Cate Blanchett jouer Katherine Hepburn :-)) L'histoire, racontée sur le mode chronologique, insiste un peu trop lourdement sur le principal handicap de Howard Hughes : sa phobie de la poussière et des microbes (à en croire Scorsese, tout part de là et tout finit là). La partie consacrée à la passion de Hughes pour les avions est tellement bien rendue que le crash du XF-11 m'a physiquement éprouvé pendant plusieurs minutes. Après cet événement, étant moi-même empêtré dans un certain malaise, j'ai eu le sentiment que le film déclinait tout doucement vers son final, un peu raté.

31 janvier 2005

ハウルの動く城

film de Hayao Miyazaki [宮崎駿] (Le château ambulant, 2004)

Fabuleux et déroutant à la fois, ce Château ambulant n'a cessé de me faire penser au chef d'œuve de Paul Grimault, Le Roi et l'oiseau. Si ce dernier était né du génie de Prévert, nourri de toute l'absurdité de la Seconde Guerre Mondiale, il me semble que Miyazaki vient de signer le chef d'œuvre de notre époque troublée et multiforme. Place donc à la splendeur de ce dessin animé qui, je l'espère, fera date. Plus beau, plus fluide et encore plus émouvant que Princesse Mononoke et Le voyage de Chihiro, Miyazaki est allé puiser à la source de ses premiers films (Nausicaä, Laputa) pour nous enchanter à nouveau.

蘆刈

roman de Junichirô Tanizaki [谷崎潤一郎] ("Le coupeur de roseaux", 1932)

La quatrième de couverture dit (presque) tout : “ Lors d'une promenade autour d'un ancien palais impérial, le sanctuaire de Minase, le narrateur rencontre un homme étrange. Est-ce un fantôme, un esprit qui hante les lieux ? Celui-ci lui offre du saké et lui raconte l'histoire de la belle O-Yû, perverse et inaccessible... ” Je regrette que cette nouvelle soit si courte :-) Elle a le mérite de présenter les thèmes chers à Tanizaki, qu'il développera notamment dans "Quatre sœurs" et "Le goût des orties".

26 janvier 2005

Also sprach Zarathustra

essai de Friedrich Nietzsche ("Ainsi parlait Zarathustra", 1883)

Un des livres les plus pénibles qu'il m'ait été donné de lire... Difficile de ne pas caricaturer Nietzsche et de ne pas le faire passer pour un immonde proto-fasciste après avoir lu ce roman "pour tous et pour personne". Quand bien même le traducteur et les commentateurs de Nietzsche s'acharnent à préciser qu'il détestait toute idée de nationalisme, comment n'accorder qu'une signification symbolique à une phrase telle que "ô temps lointain et bienheureux, où un peuple se disait : “ Je veux être maître sur d'autres peuples ! ” ? À l'heure de l'anniversaire de la libération des camps de concentration d'Auschwitz, certains symboles et certaines pensées passent décidemment très mal. Reste néanmoins quelques idées puissantes qui se traduisent de nos jours par des slogans publicitaires : "Deviens qui tu es", "Vouloir libère", et le plus beau d'entre tous (et aussi le plus galvaudé) "Dieu est mort". Si "Ainsi parlait Zarathoustra" en était resté à exploiter cette dernière idée, quel formidable roman cela aurait été ! Au lieu de cela, Zarathoustra, prophète de lui-même, enchaîne les poncifs lourdingues dans un français (mal traduit de l'allemand ?) ésotérique et tout simplement illisible.

16 janvier 2005

Globalization and its Discontents

essai de Joseph E. Stiglitz ("La grande désillusion", 2002)

Prix Nobel d'économie, ancien vice-président de la Banque mondiale, Stiglitz fustige le FMI et sa politique désastreuse. Au-delà du pamphlet, c'est un formidable moyen de comprendre les enjeux de la mondialisation, avec intelligence et sensibilité.

11 janvier 2005

今昔物語集

recueil d'histoires tirées du Konjaku

Ces "Histoires fantastiques du temps jadis", écrites au XIIe siècle au Japon sont pleines de créatures surnaturelles : fantômes, ogres, démons, renardes, serpents, esprits, tengûs... Seul l'aspect répétitif de ces histoires est rébarbatif, pour le reste c'est une plongée très intéressante dans le folklore et les croyances du Japon, encore bien vivants aujourd'hui.

01 janvier 2005

The Little Friend

roman de Donna Tartt ("Le petit copain", 2002)

Ce (seulement) deuxième roman de Donna Tartt (après "Le maître des illusions", que du coup j'ai furieusement envie de relire !) est tout à la fois une merveille d'écriture, et un joyau sombre et cruel. Couleur brun chagrin, d'une langueur typique du sud des États-Unis qui rappelle Faulkner, cette histoire de la vengeance d'une petite fille trop intelligente pour son âge m'a captivé jusqu'à son dénouement, presque irréel.

22 décembre 2004

Turner, Whistler, Monnet

expo aux Galeries nationales du Grand Palais. Magnifique expo, présentant presque autant de tableaux de Monet que de tableaux de Turner et Whistler réunis. L'occasion de s'extasier devant les couchers de soleil sur la Tamise de Monet, et les Nocturnes de Whistler.


1. Scarlet Sunset, de Joseph Turner (1830-1840)
2. Nocturne en bleu et argent : la lagune, Venise, de James Whistler (1879-1880)
3. Le Parlement, coucher de soleil, de Claude Monet (1904)

21 décembre 2004

Small World

roman de David Lodge (1984)

L'univers des conférences académiques internationales passé à la loupe, et mis à la sauce humour (anglais) par David Lodge. Finalement pas si entraînant que ça (problème de rythme, ou tout simplement la tête ailleurs ?), mais plutôt drôle.

19 décembre 2004

Ocean's Twelve

film de Steven Soderbergh (2004)

Tous les ingrédients d'un bon Soderbergh sont là : script top classe, casting top classe, BO top classe, dialogues top classe — on s'habituerait presque :-) Il manque juste une toute petite touche d'émotion qui rendrait le tout vraiment excellent.

09 décembre 2004

La subjectivité à venir

essais de Slavoj Žižek (1998-2004)

Plusieurs essais à mi-chemin entre philosophie (kantienne ou kierkegaardienne, hmm hmm...) et psychanalyse (lacanienne), avec des concepts aussi "fumeux" que l'interpassivité (en réaction à l'interactivité) ou la subjectivité objective, et une analyse en passant de Matrix et de quelques œuvres de Leni Riefenstahl et Richard Wagner... Bref cela ne m'a pas vraiment passionné ;-) À noter quand-même quelques passages savoureux, comme celui-ci :

“ Dans la bonne vieille RDA, il était impossible pour une personne de combiner ces trois caractéristiques : la conviction (croire en l'idéologie officielle), l'intelligence et l'honnêteté. Convaincu et intelligent, vous n'êtiez pas honnête ; intelligent et honnête, vous ne pouviez pas être convaincu ; convaincu et honnête, vous n'êtiez pas intelligent. Cela ne convient-il pas aussi bien à l'idéologie de la démocratie libérale ? Si vous prétendez prendre au sérieux l'idéologie libérale hégémonique, vous ne pouvez pas être à la fois intelligent et honnête : vous êtes soit complètement idiot, soit cyniquement corrompu. ”

05 décembre 2004

The Incredibles

film de Brad Bird (2004)

Drôle, entraînant, et visuellement parfait !

03 décembre 2004

Preston Falls

roman de David Gates (1998)

Le récit d'une fuite ou de la séparation inéluctable d'un couple (la quarantaine, plutôt friqués et érudits). Le problème majeur que j'ai avec ce roman c'est que les personnages ne sont pas forcément très attachants. Par contre j'ai bien aimé l'écriture qui colle aux schémas mentaux des différents protagonistes (assez ordurière pour les passages consacrés à Willis, pleine de doutes et d'incertitudes pour les passages consacrés à sa femme Jean). Sinon à part ça, ce roman est loin d'être vraiment passionnant.

29 novembre 2004

Angels in America

opéra de Peter Eötvös, au théâtre du Châtelet (2004). Cet opéra est l'adaptation de la pièce de Tony Kushner, elle-même adaptée entre temps à la télévision par Mike Nichols (il me tarde de voir ces épisodes, avec Emma Thompson, Al Pacino et Meryl Streep). Ici l'argument est réduit au minimum pour tenir en deux heures. Nous découvrons donc Louis et son amant Prior, ainsi que Joe et sa femme Harper. Prior est malade du sida (nous sommes au début des années 80, les années Reagan...), Joe se découvre homosexuel et finit dans les bras de Louis, tandis que Harper fuit sa vie dans le valium. Appelé par l'Ange, Prior va devenir le prophète d'une nouvelle Amérique, celle des minorités et des survivants. Cet opéra est une création mondiale, avec Barbara Hendricks dans un des rôles titres (curieusement elle ne chante que très peu, et ses apparitions sont un peu décevantes). Par contre chapeau à Daniel Belcher et Julia Migenes, qui font un Prior et une Harper parfaitement bouleversants. Point noir: la musique de Peter Eötvös a une tendance certaine à tuer l'émotion (ce qui m'empêche de mettre la note ultime :-) ), et c'est bien dommage. Cela ne nous a pas empêchés d'être fascinés par la mise en scène mobile et inventive de Philippe Calvario.

28 novembre 2004

Tarnation

film de Jonathan Caouette (2004)

Coup de force documentaire, ce film m'a fait immanquablement penser au Journal de Fabrice Neaud. Très chargé émotionnellement, visuellement impressionnant, on sent la patte de Gus van Sant derrière la voix de Jonathan. À rapprocher de Elephant pour les moments de flottement oniriques, et aussi par quelques aspects des films les plus sordides de David Lynch (Blue Velvet est cité explicitement, mais j'ai aussi pensé aux scènes finales de Lost Highway). Le film se termine heureusement sur une note d'espoir, aussi dérisoire fût-il.

21 novembre 2004

The Rotters' Club

roman de Jonathan Coe ("Bienvenue au club", 2001)

L'angleterre de la deuxième moitié des années 1970 vécue par un petit groupe d'ados de Birmingham : la montée du syndicalisme, la guerre larvée contre l'IRA, la découverte de soi, Margaret Thatcher et la fin du rock progressif... Ce roman m'a rappelé par moments Eureka Street de Robert McLiam Wilson, par son côté drôle et féroce, mais aussi soudainement tragique et poignant. Vivement la suite !

15 novembre 2004

Across the Nightingale Floor

roman de Lian Hearn ("Le silence du rossignol", 2002)

Premier volume de la trilogie du Clan des Otori, on fait ici la connaissance de Takeo Otori et de Kaede Shirakawa. Il s'agit d'une fresque médiévale située dans un Japon de légendes. Sympathique histoire d'initiation et de vengeance, dans la grande tradition des Musashi et autres guerres de clans, mais pas tellement innovant :-)

11 novembre 2004

A Single Man

roman de Christopher Isherwood ("Un Homme au singulier", 1964)

J'ai bien aimé l'écriture féroce et le personnage de George, vieux prof d'anglais aigri et queer. Ce roman a été écrit en 1964, et on mesure le chemin parcouru depuis que les gays essayent de faire valoir leurs droits. On mesure aussi le chemin qui reste à faire encore aujourd'hui...!