26 janvier 2005

Also sprach Zarathustra

essai de Friedrich Nietzsche ("Ainsi parlait Zarathustra", 1883)

Un des livres les plus pénibles qu'il m'ait été donné de lire... Difficile de ne pas caricaturer Nietzsche et de ne pas le faire passer pour un immonde proto-fasciste après avoir lu ce roman "pour tous et pour personne". Quand bien même le traducteur et les commentateurs de Nietzsche s'acharnent à préciser qu'il détestait toute idée de nationalisme, comment n'accorder qu'une signification symbolique à une phrase telle que "ô temps lointain et bienheureux, où un peuple se disait : “ Je veux être maître sur d'autres peuples ! ” ? À l'heure de l'anniversaire de la libération des camps de concentration d'Auschwitz, certains symboles et certaines pensées passent décidemment très mal. Reste néanmoins quelques idées puissantes qui se traduisent de nos jours par des slogans publicitaires : "Deviens qui tu es", "Vouloir libère", et le plus beau d'entre tous (et aussi le plus galvaudé) "Dieu est mort". Si "Ainsi parlait Zarathoustra" en était resté à exploiter cette dernière idée, quel formidable roman cela aurait été ! Au lieu de cela, Zarathoustra, prophète de lui-même, enchaîne les poncifs lourdingues dans un français (mal traduit de l'allemand ?) ésotérique et tout simplement illisible.

16 janvier 2005

Globalization and its Discontents

essai de Joseph E. Stiglitz ("La grande désillusion", 2002)

Prix Nobel d'économie, ancien vice-président de la Banque mondiale, Stiglitz fustige le FMI et sa politique désastreuse. Au-delà du pamphlet, c'est un formidable moyen de comprendre les enjeux de la mondialisation, avec intelligence et sensibilité.

11 janvier 2005

今昔物語集

recueil d'histoires tirées du Konjaku

Ces "Histoires fantastiques du temps jadis", écrites au XIIe siècle au Japon sont pleines de créatures surnaturelles : fantômes, ogres, démons, renardes, serpents, esprits, tengûs... Seul l'aspect répétitif de ces histoires est rébarbatif, pour le reste c'est une plongée très intéressante dans le folklore et les croyances du Japon, encore bien vivants aujourd'hui.

01 janvier 2005

The Little Friend

roman de Donna Tartt ("Le petit copain", 2002)

Ce (seulement) deuxième roman de Donna Tartt (après "Le maître des illusions", que du coup j'ai furieusement envie de relire !) est tout à la fois une merveille d'écriture, et un joyau sombre et cruel. Couleur brun chagrin, d'une langueur typique du sud des États-Unis qui rappelle Faulkner, cette histoire de la vengeance d'une petite fille trop intelligente pour son âge m'a captivé jusqu'à son dénouement, presque irréel.

22 décembre 2004

Turner, Whistler, Monnet

expo aux Galeries nationales du Grand Palais. Magnifique expo, présentant presque autant de tableaux de Monet que de tableaux de Turner et Whistler réunis. L'occasion de s'extasier devant les couchers de soleil sur la Tamise de Monet, et les Nocturnes de Whistler.


1. Scarlet Sunset, de Joseph Turner (1830-1840)
2. Nocturne en bleu et argent : la lagune, Venise, de James Whistler (1879-1880)
3. Le Parlement, coucher de soleil, de Claude Monet (1904)

21 décembre 2004

Small World

roman de David Lodge (1984)

L'univers des conférences académiques internationales passé à la loupe, et mis à la sauce humour (anglais) par David Lodge. Finalement pas si entraînant que ça (problème de rythme, ou tout simplement la tête ailleurs ?), mais plutôt drôle.

19 décembre 2004

Ocean's Twelve

film de Steven Soderbergh (2004)

Tous les ingrédients d'un bon Soderbergh sont là : script top classe, casting top classe, BO top classe, dialogues top classe — on s'habituerait presque :-) Il manque juste une toute petite touche d'émotion qui rendrait le tout vraiment excellent.

09 décembre 2004

La subjectivité à venir

essais de Slavoj Žižek (1998-2004)

Plusieurs essais à mi-chemin entre philosophie (kantienne ou kierkegaardienne, hmm hmm...) et psychanalyse (lacanienne), avec des concepts aussi "fumeux" que l'interpassivité (en réaction à l'interactivité) ou la subjectivité objective, et une analyse en passant de Matrix et de quelques œuvres de Leni Riefenstahl et Richard Wagner... Bref cela ne m'a pas vraiment passionné ;-) À noter quand-même quelques passages savoureux, comme celui-ci :

“ Dans la bonne vieille RDA, il était impossible pour une personne de combiner ces trois caractéristiques : la conviction (croire en l'idéologie officielle), l'intelligence et l'honnêteté. Convaincu et intelligent, vous n'êtiez pas honnête ; intelligent et honnête, vous ne pouviez pas être convaincu ; convaincu et honnête, vous n'êtiez pas intelligent. Cela ne convient-il pas aussi bien à l'idéologie de la démocratie libérale ? Si vous prétendez prendre au sérieux l'idéologie libérale hégémonique, vous ne pouvez pas être à la fois intelligent et honnête : vous êtes soit complètement idiot, soit cyniquement corrompu. ”

05 décembre 2004

The Incredibles

film de Brad Bird (2004)

Drôle, entraînant, et visuellement parfait !

03 décembre 2004

Preston Falls

roman de David Gates (1998)

Le récit d'une fuite ou de la séparation inéluctable d'un couple (la quarantaine, plutôt friqués et érudits). Le problème majeur que j'ai avec ce roman c'est que les personnages ne sont pas forcément très attachants. Par contre j'ai bien aimé l'écriture qui colle aux schémas mentaux des différents protagonistes (assez ordurière pour les passages consacrés à Willis, pleine de doutes et d'incertitudes pour les passages consacrés à sa femme Jean). Sinon à part ça, ce roman est loin d'être vraiment passionnant.

29 novembre 2004

Angels in America

opéra de Peter Eötvös, au théâtre du Châtelet (2004). Cet opéra est l'adaptation de la pièce de Tony Kushner, elle-même adaptée entre temps à la télévision par Mike Nichols (il me tarde de voir ces épisodes, avec Emma Thompson, Al Pacino et Meryl Streep). Ici l'argument est réduit au minimum pour tenir en deux heures. Nous découvrons donc Louis et son amant Prior, ainsi que Joe et sa femme Harper. Prior est malade du sida (nous sommes au début des années 80, les années Reagan...), Joe se découvre homosexuel et finit dans les bras de Louis, tandis que Harper fuit sa vie dans le valium. Appelé par l'Ange, Prior va devenir le prophète d'une nouvelle Amérique, celle des minorités et des survivants. Cet opéra est une création mondiale, avec Barbara Hendricks dans un des rôles titres (curieusement elle ne chante que très peu, et ses apparitions sont un peu décevantes). Par contre chapeau à Daniel Belcher et Julia Migenes, qui font un Prior et une Harper parfaitement bouleversants. Point noir: la musique de Peter Eötvös a une tendance certaine à tuer l'émotion (ce qui m'empêche de mettre la note ultime :-) ), et c'est bien dommage. Cela ne nous a pas empêchés d'être fascinés par la mise en scène mobile et inventive de Philippe Calvario.

28 novembre 2004

Tarnation

film de Jonathan Caouette (2004)

Coup de force documentaire, ce film m'a fait immanquablement penser au Journal de Fabrice Neaud. Très chargé émotionnellement, visuellement impressionnant, on sent la patte de Gus van Sant derrière la voix de Jonathan. À rapprocher de Elephant pour les moments de flottement oniriques, et aussi par quelques aspects des films les plus sordides de David Lynch (Blue Velvet est cité explicitement, mais j'ai aussi pensé aux scènes finales de Lost Highway). Le film se termine heureusement sur une note d'espoir, aussi dérisoire fût-il.

21 novembre 2004

The Rotters' Club

roman de Jonathan Coe ("Bienvenue au club", 2001)

L'angleterre de la deuxième moitié des années 1970 vécue par un petit groupe d'ados de Birmingham : la montée du syndicalisme, la guerre larvée contre l'IRA, la découverte de soi, Margaret Thatcher et la fin du rock progressif... Ce roman m'a rappelé par moments Eureka Street de Robert McLiam Wilson, par son côté drôle et féroce, mais aussi soudainement tragique et poignant. Vivement la suite !

15 novembre 2004

Across the Nightingale Floor

roman de Lian Hearn ("Le silence du rossignol", 2002)

Premier volume de la trilogie du Clan des Otori, on fait ici la connaissance de Takeo Otori et de Kaede Shirakawa. Il s'agit d'une fresque médiévale située dans un Japon de légendes. Sympathique histoire d'initiation et de vengeance, dans la grande tradition des Musashi et autres guerres de clans, mais pas tellement innovant :-)

11 novembre 2004

A Single Man

roman de Christopher Isherwood ("Un Homme au singulier", 1964)

J'ai bien aimé l'écriture féroce et le personnage de George, vieux prof d'anglais aigri et queer. Ce roman a été écrit en 1964, et on mesure le chemin parcouru depuis que les gays essayent de faire valoir leurs droits. On mesure aussi le chemin qui reste à faire encore aujourd'hui...!

31 octobre 2004

Images du monde flottant

expo aux Galeries nationales du Grand Palais. Festival d'estampes des XVII et XVIIIe siècles, exclusivement consacrées au "monde flottant", c'est-à-dire le quartier des plaisirs des grandes villes du Japon de l'époque. Raffinement des traits, des postures et des kimonos, cette exposition est un grand succès !


1. Portrait de courtisane debout, de Kaigetsudô Anchi (1711-1716)
2. La bourrasque d'automne, de Torii Kiyonaga (1782-1783)
3. Femme se poudrant le cou, de Kitagawa Utamaro (1795-1796)

28 octobre 2004

2046

film de Wong Kar-Wai (2004)

Bon, j'avoue avoir été très déçu après avoir vu ce remix de In the Mood for Love, mais avec le recul je lui rajoute une étoile car ce film est loin d'être mauvais. Je continue cependant à penser qu'il n'apporte pas grand'chose par rapport au chef d'œuvre de Wong Kar-Wai... ;-)

24 octobre 2004

Nine Princes in Amber — 5. The Courts of Chaos

roman de Roger Zelazny ("Les cours du chaos", 1978)

Dernier tome de la première moitié de la saga d'Ambre. Zelazny conclut en beauté le cycle de Corwin, manifestement sous l'emprise de pas mal de LSD ;-) Ses descriptions des Cours du Chaos sont proprement hallucinantes.

“ Le roi Obéron s'est éclipsé pour la seconde fois, laissant sa succession ouverte. Mais le trône n'est plus désormais l'enjeu premier des luttes qui opposent Corwin et ses frères : car Ambre la magique, Ambre et sa Marelle prodigieuse, Ambre, dont notre Terre n'est qu'un reflet, risque de disparaître sous les terribles assauts des forces du Chaos. Pour sauver le royaume, il faudra en dévoiler les ultimes mystères, et comprendre les liens qui l'unissent au Chaos. Une mission que Corwin pourrait payer de sa vie... ”

La deuxième partie de la saga est consacrée à Merlin, le fils de Corwin. Elle a été écrite quelques années après la fin du cycle de Corwin, Zelazny ayant fini par céder à la pression de ses fans :-) À l'époque elle m'avait beaucoup moins plu, mais je la relirai peut-être dans quelques temps, pour comparer en toute connaissance de cause... :-) En tout cas j'ai pris un immense plaisir à me replonger dans cette saga !

20 octobre 2004

Nine Princes in Amber — 4. The Hand of Oberon

roman de Roger Zelazny ("La main d'Obéron", 1976)

Aussi excellent que le précédent tome, cette fois nous sommes au cœur de l'intrigue et les traîtres apparaissent enfin au grand jour !

“ Un péril mortel menace le royaume d'Ambre. Une lèpre noire envahit inexorablement la Marelle, ce labyrinthe magique qui permet aux membres de la famille royale de voyager d'ombre en ombre et de manipuler le temps. Est-ce le fait d'un des princes qui, avide de pouvoir, n'hésiterait pas à mettre en jeu l'existence même du royaume ? Faut-il y voir l'intervention des puissances maléfiques qui hantent les Cours du Chaos ? Ou bien la main d'Obéron, le roi disparu dont les princes d'Ambre redoutent jusqu'au souvenir ? ”

18 octobre 2004

Nine Princes in Amber — 3. Sign of the Unicorn

roman de Roger Zelazny ("Le signe de la licorne", 1975)

Cette fois Zelazny maîtrise parfaitement son monde, et son écriture. Résultat : un des meilleurs tomes de la saga d'Ambre, où les choses sont beaucoup plus complexes que ce que l'on croit... :-)

“ De retour au royaume d'Ambre après avoir vaincu le prince Eric, Corwin découvre son frère Caine assassiné par de mystérieuses créatures d'Ombre, manifestement aux ordres d'un commanditaire occulte et vindicatif. La recherche du véritable meurtrier parmi les innombrables reflets d'Ambre va conduire Corwin, confronté à maints périls et intrigues, au seuil d'une révélation infiniment plus importante : la véritable nature de l'étrange royaume d'Ambre, de ses mystères et de ses contradictions. Ce troisième volume de la série des Princes d'Ambre repousse une fois encore les frontières du monumental et prodigieux univers imaginé par Roger Zelazny. ”