24 mars 2005

The Codebook

[essai ] The Codebook, de Simon Singh (1999). Impossible de lâcher ce bouquin tellement il m'a passionné ! Encore un coup de maître de Simon Singh, qui après son précédent essai sur Fermat et son dernier théorème, nous donne à comprendre le monde fascinant de la cryptographie. Depuis les tous premiers codes à substitution jusqu'aux avancées les plus récentes de la cryptographie quantique, Singh nous fait participer avec une facilité déconcertante au petit jeu du chat et de la souris auquel se sont livrés cryptographeurs et décrypteurs au cours des siècles. De plus Simon Singh possède un vrai talent de conteur, et la façon dont il raconte les découvertes de Champollion ou de Turing est limite bouleversante. Chapeau bas !

21 mars 2005

Le couperet

film de Costa-Gavras (2005)

Plus cynique que noir, ce polar social appuie là où ça fait mal en donnant une réponse radicale à la question "que seriez-vous prêt à faire pour trouver un emploi?". La réponse du personnage joué à la perfection par José Garcia est simple : tuer ses concurrents. Même si ça pose quelques problèmes de conscience (au début), c'est efficace. La composition des personnages principaux est parfaite : José Garcia et Karin Viard sont au top. Quant à la mise en scène, elle est très conventionnelle, et l'irruption constante des fausses pubs dans le décor (pour dénoncer quoi ? qu'il y a trop de pub dans notre monde contemporain ?) est de trop. Le film essaye de traiter tous les sujets à la fois (la violence de la télé, la connerie ambiante, la course aux bénéfices des entreprises, etc), et du coup la force du film est un peu diluée.

16 mars 2005

Brooklyn Boy

[théâtre ] Brooklyn Boy, de Donald Margulies, avec Samuel Le Bihan, à la Comédie des Champs-Élysées.

Eric, écrivain issu de Brooklyn, après plusieurs modestes essais, réalise un best-seller sur son enfance à Brooklyn, ses démêlés avec son père, la fuite de ses origines. Le succès de ce livre autobiographique, même s'il s'en défend, suscite des frustrations autour de ses proches (père, femme, ami d'enfance) qui se reconnaissent dans son ouvrage, et réclament leur part d'identité et de notoriété.

La pièce aborde plusieurs thèmes à la fois. Pour moi le plus intéressant (et touchant) était la relation père-fils. Vient ensuite la difficulté qu'a Eric à gérer son succès et ses relations avec les autres. Le personnage de l'ami d'enfance devenu rabbin est bien écrit (à la fois drôle, un peu pénible, puis finalement plein de compassion), mais ce sont surtout les personnages féminins que j'ai aimés. Malgré une capacité certaine à disparaître dès qu'il n'a plus rien à dire, Samuel Le Bihan est pas mal dans le rôle titre.

13 mars 2005

The Life Aquatic with Steve Zissou

film de Wes Anderson (2004)

En un mot : décalé. À la fois drôle et cruel, ce film inspiré par les pérégrinations de Cousteau est encore une fois un véhicule parfait pour Bill Murray (décidemment très à l'aise dans les rôles de pince-sans-rire depuis Lost in Translation). Une pléïade de seconds rôles (Angelica Huston, Jeff Goldblum, Willem Dafoe, Cate Blanchet, Owen Wilson) vient ajouter un peu de fantaisie dans cette entreprise. Plein de petits détails humoristiques : le membre d'équipage (Seu Jorge ! J'adore !) qui chante du Bowie en portugais en s'accompagnant de sa guitare sèche, les stagiaires bons à tout faire, la faune aquatique bigarrée, la façon de filmer le Belafonte comme une maison de poupée (on se croirait dans un clip de Spike Jonze ou Michel Gondry), les répliques incongrues, la musique électro à deux balles. À la fin du film une belle touche d'émotion surgit des profondeurs, dans la seule séquence où l'on aperçoit finalement le requin-jaguar, nimbé du superbe Starálfur de Sigur Rós. C'est à ce moment-là, les yeux embués, que j'ai attribué à ce drôle de petit film une étoile supplémentaire :-)

11 mars 2005

Landscape with Traveller

[roman ] Paysage avec voyageur, de Barry Gifford (en anglais : Landscape with Traveller, 1980). Je relis souvent ce court roman de Barry Gifford, le scénariste de David Lynch (Lost Highway et Sailor et Lula notamment). C'est l'affaire de deux ou trois heures d'une lecture toute simple et réjouissante. Pendant ces deux ou trois heures, on voyage dans les pensées de Francis Reeves, un homosexuel de presque cinquante ans, un peu rangé des affaires, un peu décalé, qui porte sur le monde un regard à la fois tendre et lucide. Ce roman est véritablement écrit comme un blog (Barry Gifford est un précurseur !), chacun des chapitres faisant deux ou trois pages maximum. C'est plein d'ellipses et d'anecdotes, de réflexions et de listes inspirées des Notes de chevet de Sei Shônagon (choses qui font battre le cœur...). À titre d'exemple voici le chapitre 50 — je me retrouve dans la plupart des livres cités :-)

50. Une bibliothèque de l'île déserte

Une bibliothèque de l'île déserte : si, comme il se doit, on ne peut emporter qu'un seul livre, alors ce serait un livre aux pages vierges comme celui sur lequel j'écris — le plus gros que je puisse trouver. Choisir un petit nombre fixé de livres déjà écrits procurerait davantage de regrets que de plaisir. J'aimerais avoir :

Les Estuaires bleus
Les œuvres complètes d'Austen, Forster, Kerouac et Nabokov
The last of the Wine
Genji
Le Seigneur des Anneaux
Le Silmarillion
Les Contes inachevés
Cavafy
La correspondance de Byron
Les Mémoires de Makriyannis (mais uniquement en grec)
Balzac
Proust
Platon
Homère
Forgetting Helena
Nocturnes pour le roi de Naples
La Bible de Jérusalem

08 mars 2005

Oceano mare

[roman ] Océan mer, de Alessandro Baricco (en italien : Oceano mare, 1993). Je n'ai pas réussi à accrocher à l'écriture très alambiquée de ce roman (alors que cela ne m'avait pas dérangé pour Les châteaux de la colère par exemple...). La structure aussi bien que les personnages sont déroutants, et aucun des protagonistes n'a véritablement de trait caractéristique. Tout est vague, presque intégralement blanc, comme les tableaux que peint un des personnages de ce roman-poème. Dans le lot surnagent quelques beaux passages, surtout à la fin (la toute dernière section est visiblement consacrée à Baricco lui-même, tentant de "saisir" la mer dans un seul mot). L'interlude du radeau qui compose la partie médiane du livre est la plus facile à lire, même si elle ne trouve sa justification qu'à la toute fin du roman. Bref, pas emballé.

27 février 2005

Ray

film de Taylor Hackford (2004)

Après Aviator, encore une biographie filmée :-) Bien rythmé, sans longueurs, ce film est assez réussi. Outre l'approche chronologique qui est inévitable dans ce genre de fillm, le réalisateur a dû trouver un angle différent pour évoquer la vie de Ray Charles : son combat contre la drogue. C'est là où je trouve que le film n'est pas très convaincant, surtout dans sa dernière partie (vouloir à tout prix coller une morale sur une biographie me laisse perplexe). A part ça Jamie Foxx joue Ray Charles d'une manière totalement éblouissante. J'ai aussi été très étonné d'apprendre que Ray Charles avait composé des tubes hyper connus comme Unchain My Heart, What'd I Say, et Hit The Road Jack... Ma culture musicale est décidément pleine de trous ;-)

Snow Crash

roman de Neal Stephenson ("Le samouraï virtuel", 1992)

Dans la lignée du courant cyberpunk inventé par Gibson dix ans auparavant, ici Stephenson décrit avec brio le Métavers, un univers virtuel qui a été allègrement pillé et repris à toutes les sauces depuis la date de parution de ce roman (Matrix, notamment...). Quelques bonnes idées, visionnaires telles que le fameux Métavers, ou complètement désopilantes (à la sauce humour noir) comme ce futur où toute parcelle de terre habitée appartient à un conglomérat ou un autre (La Mafia, Le grand Hong-Kong de Mr Lee, Les États-Unis et j'en oublie). Le majeur problème vient de l'histoire et de la façon de la raconter... Autant j'arrive à avaler que les Babyloniens étaient les inventeurs du premier métavirus de l'univers (un bon délire de hackeur ça, mais une fois qu'on a lu le DaVinci Code on est prêt à tout avaler ;-) ), autant l'histoire ne tient vraiment pas la route. Tout finit en eau de boudin avec un bon gros fight à coup de sabres dans le Métavers, et tout le monde rentre chez soi bien content. Et puis c'est vraiment trop mal écrit...

22 février 2005

ひぐま

[restaurant ] Higuma [ひぐま], japonais, rue Ste-Anne (1er). Plutôt cantine que resto classe, Higuma propose une sélection de ramen savoureuses. Le service est un peu brouillon, mais l'ambiance est sympa, surtout à plusieurs ! Mieux vaut arriver tôt pour ne pas avoir à faire la queue sur le trottoir...

19 février 2005

Den som er veldig sterk, må også være veldig snill

roman de Dag Johan Haugerud ("On est forcément très gentil quand on est très costaud", 2001)

Alors qu'il navigue en pleine déprime tranquille et qu'à l'occasion d'une soirée il rencontre un homme à qui il plaît, le narrateur de ce roman doux et cotonneux comme des souvenirs d'enfance se décide à tenir un journal. Les premiers mots qui lui viennent à l'esprit sont "je ne vais pas bien", puis il se remémore tous les micro-événements de sa jeunesse avec sa sœur et sa mère, comme autant de fractures, de renoncements et de moments lourds de signification. Tout en subtilité et en non-dits, ce roman m'a beaucoup touché. Il raconte la séparation grandissante d'un fils d'avec sa famille, la découverte et l'acceptation de soi par un homme complexé et d'une grande lucidité. Inévitablement cette lecture a fait remonter en moi plein de vignettes de mon enfance :-) A lire, ne serait-ce que pour le titre !

16 février 2005

野田岩

[restaurant ] Nodaiwa [野田岩], japonais, rue Saint-Honoré (1er). En plein cœur du "quartier japonais", ce restaurant est spécialisé dans l'anguille. Au menu: unadon, salade d'anguille, légumes marinés, et soupes diverses. Quelques signes qui ne trompent pas : le décor est sobre et épuré, l'ambiance feutrée, la clientèle en grande majorité japonaise, et la maison est tenue par deux Français au moins trilingues ;-) La cerise sur le gâteau : les menus sont très abordables (environ 25€ avec du thé, compter 18€ de plus pour une bouteille de vin), et une attention particulière est apportée à la présentation des plats.

14 février 2005

Howl's Moving Castle

roman de Diana Wynne Jones ("Le château de Hurle", 1986)

Alors voila donc le roman qui a inspiré le dernier coup de maître de Miyazaki ! C'est fascinant de voir que du roman original, Miyazaki n'a gardé que les personnages principaux et la trame. Tout le reste a été modifié, que ce soit la guerre que mène Hurle (ou Hauru ou Howl) — cette guerre n'existe pas dans le roman ! — ou le rôle joué par la Sorcière du Désert, ou encore celui de l'enchanteur Suliman. Le livre m'a cependant aidé à mieux comprendre la relation qui unit Calcifer et Hurle, et qui trouve sa clef dans une des plus belles scènes du film : Hurle enfant recueillant une étoile filante mourrante et lui donnant son cœur... On retrouve aussi avec plaisir le personnage de Sophie, jeune fille têtue qui va se voir métamorphosée en vielle femme de quatre-vingt-dix ans, et qui va tomber amoureuse du terrible magicien Hurle malgré elle :-)

07 février 2005

Les carrefours du labyrinthe

essais de Cornélius Castoriadis (1978)

Cette compilation d'essais constitue le premier tome des Carrefours du labyrinthe. J'avais acheté ce bouquin il y a de nombreuses années sur les conseils d'un ami qui avait particulièrement apprécié le tome 4 ("La montée de l'insignifiance"), mais je n'avais jamais eu le courage de me jeter dedans ;-) Des trois parties qui composent cet ouvrage (Psyché, Logos et Koinônia), seule la deuxième m'a intéressé. Dans cette partie Castoriadis passe l'ensemble des sciences contemporaines de la fin des années 1970 (mathématique, physique, linguistique et biologie) à la question philosophique. Les autres parties (que j'ai à peine lues) sont consacrées à la philosophie de la psychanalyse (là je manque de bagage pour comprendre quoi que ce soit ;-) ) et à la philosophie de la technique (considérée apparemment uniquement sous l'angle marxiste). Bref ça m'a bien occupé dans le métro... mais je suis aujourd'hui toujours incapable de restituer la moindre pensée de Castoriadis !

06 février 2005

The Aviator

film de Martin Scorsese (2004)

Très intéressante reconstitution de la vie de Howard Hughes, milliardaire texan passionné d'aéronautique, de femmes et de cinéma. Mais il y a pas mal de problèmes qui m'ont empêché de vraiment rentrer dans le film, à commencer par le fait que pour moi pratiquement tous les personnages de cette époque sont des inconnus (ceci dit j'ai adoré voir Cate Blanchett jouer Katherine Hepburn :-)) L'histoire, racontée sur le mode chronologique, insiste un peu trop lourdement sur le principal handicap de Howard Hughes : sa phobie de la poussière et des microbes (à en croire Scorsese, tout part de là et tout finit là). La partie consacrée à la passion de Hughes pour les avions est tellement bien rendue que le crash du XF-11 m'a physiquement éprouvé pendant plusieurs minutes. Après cet événement, étant moi-même empêtré dans un certain malaise, j'ai eu le sentiment que le film déclinait tout doucement vers son final, un peu raté.

31 janvier 2005

ハウルの動く城

film de Hayao Miyazaki [宮崎駿] (Le château ambulant, 2004)

Fabuleux et déroutant à la fois, ce Château ambulant n'a cessé de me faire penser au chef d'œuve de Paul Grimault, Le Roi et l'oiseau. Si ce dernier était né du génie de Prévert, nourri de toute l'absurdité de la Seconde Guerre Mondiale, il me semble que Miyazaki vient de signer le chef d'œuvre de notre époque troublée et multiforme. Place donc à la splendeur de ce dessin animé qui, je l'espère, fera date. Plus beau, plus fluide et encore plus émouvant que Princesse Mononoke et Le voyage de Chihiro, Miyazaki est allé puiser à la source de ses premiers films (Nausicaä, Laputa) pour nous enchanter à nouveau.

蘆刈

roman de Junichirô Tanizaki [谷崎潤一郎] ("Le coupeur de roseaux", 1932)

La quatrième de couverture dit (presque) tout : “ Lors d'une promenade autour d'un ancien palais impérial, le sanctuaire de Minase, le narrateur rencontre un homme étrange. Est-ce un fantôme, un esprit qui hante les lieux ? Celui-ci lui offre du saké et lui raconte l'histoire de la belle O-Yû, perverse et inaccessible... ” Je regrette que cette nouvelle soit si courte :-) Elle a le mérite de présenter les thèmes chers à Tanizaki, qu'il développera notamment dans "Quatre sœurs" et "Le goût des orties".

26 janvier 2005

Also sprach Zarathustra

essai de Friedrich Nietzsche ("Ainsi parlait Zarathustra", 1883)

Un des livres les plus pénibles qu'il m'ait été donné de lire... Difficile de ne pas caricaturer Nietzsche et de ne pas le faire passer pour un immonde proto-fasciste après avoir lu ce roman "pour tous et pour personne". Quand bien même le traducteur et les commentateurs de Nietzsche s'acharnent à préciser qu'il détestait toute idée de nationalisme, comment n'accorder qu'une signification symbolique à une phrase telle que "ô temps lointain et bienheureux, où un peuple se disait : “ Je veux être maître sur d'autres peuples ! ” ? À l'heure de l'anniversaire de la libération des camps de concentration d'Auschwitz, certains symboles et certaines pensées passent décidemment très mal. Reste néanmoins quelques idées puissantes qui se traduisent de nos jours par des slogans publicitaires : "Deviens qui tu es", "Vouloir libère", et le plus beau d'entre tous (et aussi le plus galvaudé) "Dieu est mort". Si "Ainsi parlait Zarathoustra" en était resté à exploiter cette dernière idée, quel formidable roman cela aurait été ! Au lieu de cela, Zarathoustra, prophète de lui-même, enchaîne les poncifs lourdingues dans un français (mal traduit de l'allemand ?) ésotérique et tout simplement illisible.

16 janvier 2005

Globalization and its Discontents

essai de Joseph E. Stiglitz ("La grande désillusion", 2002)

Prix Nobel d'économie, ancien vice-président de la Banque mondiale, Stiglitz fustige le FMI et sa politique désastreuse. Au-delà du pamphlet, c'est un formidable moyen de comprendre les enjeux de la mondialisation, avec intelligence et sensibilité.

11 janvier 2005

今昔物語集

recueil d'histoires tirées du Konjaku

Ces "Histoires fantastiques du temps jadis", écrites au XIIe siècle au Japon sont pleines de créatures surnaturelles : fantômes, ogres, démons, renardes, serpents, esprits, tengûs... Seul l'aspect répétitif de ces histoires est rébarbatif, pour le reste c'est une plongée très intéressante dans le folklore et les croyances du Japon, encore bien vivants aujourd'hui.

01 janvier 2005

The Little Friend

roman de Donna Tartt ("Le petit copain", 2002)

Ce (seulement) deuxième roman de Donna Tartt (après "Le maître des illusions", que du coup j'ai furieusement envie de relire !) est tout à la fois une merveille d'écriture, et un joyau sombre et cruel. Couleur brun chagrin, d'une langueur typique du sud des États-Unis qui rappelle Faulkner, cette histoire de la vengeance d'une petite fille trop intelligente pour son âge m'a captivé jusqu'à son dénouement, presque irréel.